La redéfinition de soi

Le soi c’est le corps + l’esprit + l’enracinement + l’articulation avec l’au-delà de soi. Le soi, ce sont les mots – les discours nous dit Michel Foucault – pour décrire tout cela.

Être ou ne pas être

L’expression  » je SUIS malade  » est redoutable.
Elle signifie que le  » je suis en bonne santé  » a été supplanté, remplacé.
Un SOI A a été remplacé par un SOI B.

Avoir ou ne pas avoir

Un jour, je me regarde dans la glace et je dis :

Tiens, j’AI une tumeur sous l’oeil droit !

Formulé ainsi, cela signifie que j’AI un truc étranger à éliminer.
Là encore, il y a problème.
Une tumeur – comme une mauvaise herbe – pousse sur un TERRAIN favorable.
Le SOI qui accueille une tumeur est un soi appauvri.
Un soi sur lequel peuvent pousser une INFINITÉ de tumeurs.
Si je veux être tranquille, je dois procéder à une REDÉFINITION de soi en terme TOTAL – y compris le biologique.

Maladie et discours de l’autre

Il est remarquable combien les survivants à la maladie dite physique – tumeur, etc. – ou à la maladie dite mentale ont QUELQUE CHOSE À DIRE.
D’ailleurs, certains deviennent auteurs voire accompagnateurs de guérisons.
Ils ont quelque chose à dire parce que s’est organisé un NOUVEAU DISCOURS de ce qu’est être soi-dans-le-monde.
Qui dit nouveau discours dit ancien discours.
Michel Foucault nous a apporté quelque éclairage sur la succession des discours dominants, tous vecteurs de mal-être physique comme mental.

Je caricature en citant trois ANCIENS discours :

  1. Si tu fais tes courses à Leclerc, tu seras en bonne santé.
  2. Si tu fais tes courses à La Vie Claire, tu seras en bonne santé.
  3. Si tu fais tes courses à l’AMAP bio du coin, tu seras en bonne santé.

Lorsque le témoignage des survivants est recueilli, 100% des survivants déclarent prendre des compléments alimentaires.
Cela veut dire que les trois anciens discours sont pro-maladie – par les carences vitaminiques, minérales, etc. qu’ils impliquent.
Cela veut dire que sauver sa peau c’est fabriquer/adopter un nouveau discours :

Je ne sauverai ma peau qu’en m’occupant très sérieusement de mes carences !

Le redéfinition de soi se fait AUSSI au niveau de la MOLÉCULE, de la mitochondrie, de la cellule.

TOUT sinon RIEN

Très peu d’auteurs travaillent sur le PAYSAGE TOTAL du patient.
Par exemple Assad 2014 reprend une proposition :

Provencher (2002) distingue quatre dimensions clés correspondant aux aspects caractéristiques de l’expérience du rétablissement et pouvant jouer un rôle de guide dans son accompagnement :
la relation à l’espace temporel (espoir et spiritualité) ;
la redéfinition et l’expansion du soi (reconstruction et complexification du sens du soi),
le pouvoir d’agir (empowerment),
la relation avec les autres (importance de relations significatives).
Ces quatre dimensions se déploieraient conjointement, en interface les unes avec les autres, dans l’expérience que le sujet fait de lui-même, des autres et du monde.
Elles concerneraient une certaine transformation de la vie de la personne tant sous ses aspects personnels, c’est-à-dire comme relation à soi (intrapersonnelle), que sociaux, comme rapport aux autres (interpersonnel), à l’environnement (environnemental) et à la vie de la communauté (interactionnel).

Assad emploie le conditionnel.
En fait, ce que décrit Provencher est vraiment ce que vit le survivant.
Il n’y a pas de PETITE RÉPARATION de soi.
On répare tout, on redéfinit TOUT, sinon il ne se passe RIEN – pas de réaménagement de la maladie.

Tous les axes, toutes les dimensions

Quand je dis TOUT cela veut dire toutes les facettes, tous les volets de ma vie.

Bien sûr qu’à l’intérieur de chaque module de mon MOI, ça va être du bricolage.
Winnicott par de trucs « suffisamment bons« .
Le perfectionnisme est une terrible maladie.
Je redis :

Le patient doit considérer TOUTES les dimensions de lui-même.
À l’intérieur de chaque dimension : bricolage suffisamment bon.

Remarque :
TOUS les axes = ce que j’ai de commun avec TOUS les humains.
Sur chaque axe, j’ai une solution, un discours, etc. qui est UNIQUE – idiosyncrasie dit le savant.

Écrire quatre nouveaux récits

Onken et al. 2007 parlent de re-authoring – re-auteurisation – disons ré-écriture de soi au sens fort de devenir l’écrivain d’un nouveau récit, d’un nouveau discours structurant.

Il faut ré-écrire les deux discours de l’autre en soi.
D’une part le discours premier du milieu dans lequel on a grandit.
Milieu qui a été acteur de mon devenir-malade.
D’autre part, le discours-de-la-médecine-sur-moi.
Bateson nous dirait qu’il y a quatre discours puisque chaque discours a la particularité d’être double.

En particulier, le discours-de-la-médecine me fait injonction de changer = de guérir.
Tout en faisant un effort colossal pour que rien ne change.
Le diagnostic initial reste gravé dans le marbre de la fiche médicale.
Gravé dans le marbre de ma prise en charge comme handicapé.
Si je pense venu le temps de diminuer ma dose de médoc parce que j’ai trouvé des plantes qui vont bien, c’est la panique.

Un jour, je passe en contrôle médical suite à un accident de trajet-travail.
Le médecin écrit qu’effectivement j’ai un handicap.
Très innocemment, je lui demande :

Docteur, est-ce qu’il existe des thérapies pour améliorer mon état ?

Il manifeste une copieuse rage :

Vous allez recevoir une pension mais ça ne vous suffit pas !!!

La famille sait aussi produire ce genre de discours – en particulier à l’adolescent :

Tu dois devenir un ingénieur intelligent, qui analyse les situations, qui manage les hommes, etc. !
Surtout n’analyse pas le discours de tes parents, le discours de tes profs, etc. !

Donc un quadruple travail de ré-auteurisation de soi.

Le discours de l’autre pour m’aider à construire mon discours sur moi

Cela peut paraître quelque peu paradoxal, pourtant …
Pour construire le discours sur moi, j’ai besoin de mots, d’un lexique.
Lire !
Pour construire le discours sur moi, j’ai besoin de catégories – le réel, l’imaginaire, le symbolique, etc.
Lire !
Pour construire le discours sur moi, j’ai besoin de comprendre comment s’articulent mon corps, mon désir, mes sensations, mes émotions, etc.
Lire !
Pour construire le discours sur moi, j’ai besoin de comprendre – mettre des mots sur – ma jouissance, mon manque, mes évitements, mes accomplissements dans le réel, mes fantasmes.
Lire !

Bibliothérapie. Lire, c’est guérir par Marc-Alain Ouaknin est un livre inspirant.

Si je vis dans un univers de culture orale, lire peut être remplacé par écouter et apprendre par coeur des textes – des contes en particulier.
Idem si je suis vraiment dyslexique.

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